Est-ce que l’alimentation intuitive est applicable lorsqu’on a une maladie chronique?

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Alimentation intuitive : est-elle applicable lorsque l’on souffre d’une maladie chronique ?

Pour commencer, nous souhaitons préciser que cette réponse sert à titre d’information et ne peut pas remplacer l’avis d’un professionnel de la santé. Si vous avez une maladie chronique nécessitant des changements alimentaires, nous vous recommandons de consulter un(e) nutritionniste, qui pourra vous guider.
Plusieurs maladies chroniques, comme le diabète, le foie gras et l’hypercholestérolémie, peuvent demander des changements au niveau de l’alimentation. L’approche traditionnelle recommande pour de nombreuses maladies de perdre du poids et d’éviter ou de restreindre certains aliments avec peu d’égard pour le plaisir alimentaire et l’écoute des signaux corporels. Cette restriction peut nuire à la relation avec l’alimentation et amener certaines personnes à surconsommer les aliments dont on cherche à adapter la quantité… Un peu contre-productif, non?
L’alimentation intuitive représente une alternative intéressante pour les gens pour qui l’approche traditionnelle est moins adaptée.

C’est quoi l’alimentation intuitive?

Il s’agit d’une approche qui, en plus de prendre en compte le contenu de l’assiette, aborde la connexion aux différents signaux corporels, comme la faim, le rassasiement, les envies et le plaisir tout en prenant en compte la santé, les émotions et la relation avec l’activité physique. Elle compte ces dix principes (1, 2) :
  1. Rejeter la mentalité des régimes
  2. Honorer sa faim
  3. Faire la paix avec la nourriture
  4. Cesser de classer les aliments comme bons ou mauvais
  5. Découvrir le plaisir de manger
  6. Ressentir son rassasiement
  7. Vivre ses émotions dans la bienveillance
  8. Respecter son corps
  9. Bouger son corps et en observer les bienfaits
  10. Honorer sa santé
Tandis que l’approche traditionnelle considère surtout le principe 10, l’alimentation intuitive englobe aussi toute l’expérience de s’alimenter et la relation avec l’alimentation. Il convient de commencer par améliorer cette dernière (principes 1, 3, 4, 5 et 8) et de se reconnecter à ses signaux (principes 2, 6, 7 et 9) avant de pouvoir appliquer des conseils nutritionnels en fonction de l’état de santé (principe 10). Bref, ce dernier fait partie intégrante de l’approche, mais pas au détriment des autres principes.

En quoi l’alimentation intuitive peut aider

L’alimentation intuitive compte plusieurs mécanismes soutenant la santé:

– Meilleure connexion aux signaux corporels : Les signaux de faim et de rassasiement constituent une des manières de notre corps de nous informer sur nos réels besoins. Bien les reconnaître permet donc d’adapter globalement les quantités d’aliments. Notre corps nous envoie aussi des messages lorsqu’un aliment n’est pas bien digéré, comme dans le cas où une personne intolérante au lactose consommerait une quantité excessive d’un produit laitier.
– Diminution de la culpabilité et de la honte : Catégoriser les aliments en «bons» ou «mauvais» peut bloquer l’écoute des signaux et amener des excès alimentaires. Ressentir moins de culpabilité permet donc aussi d’adapter les quantités d’aliments en plus d’améliorer la relation avec les aliments. La diminution du stress (dont le stress relié à l’alimentation) contribue d’ailleurs à la santé.
– Flexibilité et liberté de choix : chaque personne a le pouvoir d’adapter les conseils nutritionnels à son quotidien, ce qui diminue la pression, la culpabilité et le stress et soutient la santé sur le plus long terme.
Explorons un exemple plus concret de l’alimentation intuitive dans le contexte d’une maladie chronique, le diabète de type 2.
Lorsqu’une personne souffre de diabète de type 2, l’approche traditionnelle lui proposerait essentiellement de contrôler les sources de glucides (sucres) dans son alimentation, car elles peuvent influencer sa glycémie (quantité de sucre dans le sang).
De son côté, l’alimentation intuitive lui proposerait de prendre en considération les conseils nutritionnels tout en s’assurant de ne pas démoniser les sources de glucides pour maintenir une relation positive avec les aliments. La personne apprendrait à intégrer les sources de glucides en fonction des conseils nutritionnels et de sa glycémie, mais aussi à adapter son alimentation à ses envies. Elle ferait confiance à son corps pour la guider à travers ses différents signaux, comme la faim, le rassasiement et même les impacts physiques perçus lors des débalancements de glycémie (ex : tremblements). Elle mettra en place les changements réalistes pour elle de manière flexible, ce qui peut être compatible avec une gestion adéquate de la glycémie sur le long terme. À ce sujet, une étude observationnelle a d’ailleurs trouvé une association entre une alimentation plus intuitive et un meilleur contrôle de la glycémie (3). C’est prometteur!
Pour terminer, l’alimentation intuitive permet d’avoir une vision plus globale et flexible de l’alimentation et de la santé. Pour plusieurs, elle est donc plus réaliste à maintenir sur le long terme et permet de maintenir une relation positive avec les aliments.

Références :

  1. Tribole E. & Resch E. 10 Principles of Intuitive Eating. Intuitive Eating. https://www.intuitiveeating.org

  2. Tribole E. & Resch E. (2017). The Intuitive Eating Workbook: Ten Principles for Nourishing a Healthy Relationship with Food. New Harbinger Publications, Inc.

  3. Soares FLP, Ramos MH, Gramelisch M, de Paula Pego Silva R, da Silva Batista J, Cattafesta M, Salaroli LB. Intuitive eating is associated with glycemic control in type 2 diabetes. Eat Weight Disord. 2021 Mar;26(2):599-608. doi: 10.1007/s40519-020-00894-8. Epub 2020 Mar 30. PMID: 32232778.

Maude Martinez, Nutritionniste, Dt.P

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